GORILLA BRAMBILLA

On ne parle pas assez des bacs à graviers. Par exemple, je suis certain que personne ne sait qu’ils ont des sentiments. Ils ont même des figures qu’ils vénèrent ! Je vous jure. Leur dernier Saint Patron en date est Pastor Maldonado bien sûr. Mais sachez que son grand-père spirituel était déjà vénéré dans les années 70…

Son surnom parle pour lui d’ailleurs. On connaissait déjà Ricardo « La Lame » Londoño-Bridge, voici Vittorio « Le Gorille de Monza » Brambilla. Son allure de trappeur couplée à des trajectoires pas souvent folichonnes lui ont valu ce doux pseudonyme. Et c’est aussi une affaire de famille ! Vittorio avait un frère aîné, Tino. Il y a quelques jours, je vous parlais des exploits du fratello. Attaquons-nous maintenant à l’autre.

74 courses, 40 abandons. Plus du tiers de ses abandons étaient dus à des accidents, accrochages et autres sorties de piste ! Des stats à faire pâlir d’envie des Satoru Nakajima ou des Jonathan Palmer (ces paires de tanches sont d’ailleurs pères de tanches).

VOUS AVEZ DIT ROOKIE ?

Vittorio Brambilla est un fils de carrossier (comme quoi) et a grandi juste à côté du circuit de Monza. C’est donc une évidence, il est né pour piloter. Comme John Surtees, Mike Hailwood ou Patrick Depailler avant lui, Brambilla commence sa carrière de pilote par la moto. L’Italien a la vingtaine lorsqu’il dispute ses premières courses. Quelques années d’insuccès plus tard, l’apprenti-pilote rétrograde et enfile la casquette de mécanicien. Il s’occupe de préparer les voitures de son frère Tino qui concoure en Formule 3 et en Formule 2.

En 1969, Vittorio Brambilla a déjà l’âge avancé de 32 ans et n’a jamais dépassé le stade du karting. Pourtant, il ne se démonte pas et dépoussière son casque. Le voici en Formule 3. C’est alors que Beta Utensili le repère. Le géant milanais de l’outillage professionnel voit en Brambilla une publicité parfaite. Beta devient son sponsor personnel et finance désormais sa carrière.

Avant même son entrée en Formule 1, Vittorio a l’âge de prendre sa retraite. Le Monzien a 36 ans lorsqu’il dispute son premier Grand Prix. Trente-six ans. C’est l’âge actuel de Fernando Alonso, pilote ayant disputé plus de 280 Grands Prix, remporté 32 d’entre eux et décroché deux titres de champion du monde de Formule 1 ! A 36 ans, Michael Schumacher avait remporté… 83 courses et sept couronnes.

ATTENTION A LA MARCH

Comme PDVSA avec Maldonado et Marlboro avec de Cesaris, Beta offre à Brambilla un siège en Formule 1. Dans les années 1970, le sponsoring en F1 venait à peine de naître et il était très facile de s’acheter une place en alignant quelques billets. Après avoir courageusement toqué chez Ferrari, c’est l’équipe March qui va joyeusement accepter Brambilla dans son équipe en 1974.

Attention, je vous arrête tout de suite. Vittorio Brambilla est loin d’être un manche. L’Italien a un joli coup de volant et il est respecté par ses pairs. Le pilote compense simplement son manque de vitesse par une agressivité poussée. Tellement poussée que Vittorio passe plus de temps hors de la piste que sur celle-ci. Cependant, March se débarrasse rapidement de cet inconvénient. Puisque son pilote ne cesse de casser sa voiture, toutes les pièces de rechange seront peintes aux couleurs de celle-ci !

Après une première saison en demi-teinte, Vittorio Brambilla hausse son jeu en 1975. Il renforce son principal point faible : les qualifications. L’Italien s’est grandement amélioré dans cet exercice. La preuve, il se qualifie troisième en Belgique. Et lors de la course suivante, en Suède, coup de tonnerre ! Brambilla hisse sa March en pole position, la première de l’équipe depuis 1970 ! Comment a-t-il pu battre des Lauda, Fittipaldi ou Hunt ? Malheureusement, cela n’est pas entièrement dû au talent du pilote.

Robin Herd, co-co-cofondateur de March, avoua quelques années plus tard qu’il avait « participé » à la pole de Vittorio. Lors de cette course, Herd était chargé du panneautage. Sur la fin du tour chronométré de son champion, l’homme, posté juste à côté du transpondeur, coupe le signal avec son panneau indicatif… 50 mètres avant que Brambilla ne franchisse véritablement la ligne ! A l’époque, les voitures n’avaient pas de capteurs embarqués et March commet son forfait sans se faire prendre !

Le dimanche, jour de la course, le karma décide d’intervenir et contrarie les rêves de victoire de la petite équipe. En tête, Brambilla est victime d’une crevaison qui l’expédie au fin fond du peloton. Quelques tours plus tard, un arbre de roue casse : c’est l’abandon.

EXPLOIT MALDONADIEN

Quelques courses moyennes plus tard, nous arrivons en Autriche. Il pleut lorsqu’est donné le départ. Sur l’Österreichring, Brambilla conduit comme si sa vie en dépendait. Cela inquiète d’ailleurs grandement le stand March. A chaque passage de sa voiture, on se dit que c’est la dernière fois qu’on le voit en vie.

Pourtant, Vittorio tient bon. Visiblement pas dérangé par l’idée de se prendre un rail, Brambilla double Regazzoni, Fittipaldi, même la Ferrari de Niki Lauda ! Au 15e tour, le pilote March est deuxième, derrière la Hesketh de James Hunt. Quatre boucles plus tard, Hunt est gêné par un retardataire (qui n’est autre que son propre équipier) et Brambilla se jette comme un seul homme à l’intérieur : le voici en tête ! En une dizaine de tours, il colle 20 secondes à son poursuivant !

La pluie redouble d’intensité et la direction décrète que la fête est finie. Le drapeau à damiers est donc brandi trente tours plus tôt que prévu devant la March de Vittorio Brambilla. L’Italien exulte et lève les bras au ciel, lâchant son volant dans l’affaire. Sans aucun contrôle, la F1 part en aquaplaning juste après avoir franchi la ligne d’arrivée et… frappe un rail de sécurité ! Brambilla parvient à ramener sa monoplace à bon port mais l’avant de la voiture est détruit !

Le premier et unique succès de Brambilla en Formule 1 est dû à son gros cœur. L’Italien n’a pas peur de l’accident et prend tous les risques. Il n’est pas rare que lors d’un week-end de Grand Prix, ce dernier détruise trois châssis… pour en tirer le meilleur, bien entendu. Souvent à court de pièces, March a dû plusieurs fois jouer d’ingéniosité pour remettre la voiture orange sur ses roues. Un jour, les mécaniciens n’ont pas eu d’autre choix que de transformer un châssis F5000 en Formule 1 pour leur pilote !

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Excellente stratégie de Brambilla : s’envoler pour économiser les pneus.

La victoire de Vittorio Brambilla se rapproche étrangement de celle de Pastor Maldonado lors du Grand Prix d’Espagne 2012. La ressemblance est même frappante ! Brambilla avait disputé 23 courses avant la délivrance, Maldonado 24. Les deux ont parcouru une trentaine de tours en tête d’une course, avaient une voiture de seconde zone et ont tenu tête à des pontes de la F1 !

DÉCLIN

Et comme Pastor après lui,  cette victoire « accidentelle » sera le paroxysme de la carrière de Vittorio Brambilla. En 1976, la star Ronnie Peterson fait son retour au sein de March. Tout le monde est aux petits soins pour le Suédois et Brambilla est mis sur la touche. L’équipe fait comprendre à l’Italien qu’il vaut mieux chercher un volant dans une autre équipe. Le chèque de Beta, aussi bien venu soit-il, ne suffira plus. Surtees, tout autant à la ramasse que March niveau finances, le recrute volontiers.

Si les épaules de charpentier de Brambilla ont permis de rebâtir une équipe en déclin, l’Italien part avec les fondations. A partir de la saison 1977 et jusqu’à sa fermeture en 1983, March ne sera plus jamais au niveau des saisons 75-76. Comme si Brambilla était l’âme de l’équipe. Ce n’est pas tellement une théorie fumeuse. Je veux dire, Vittorio a tellement épuisé les stocks de pièces de rechange qu’il est devenu une pièce à part entière au sein du team March.

PAS DE SURSAUT CHEZ SURTEES

Encore une fois comme Pastor Maldonado (décidément !), Brambilla a passé trois saisons avec des Anglais avant de les quitter pour d’autres Anglais. Nous sommes en 1977 et l’Italien court pour l’équipe de John Surtees. L’équipe roule avec son modèle TS19 vieux d’un an. Pourtant, Brambilla fait des étincelles avec. Notamment lorsqu’il la fracasse contre les rails.

Seize courses et vingt moteurs cassés plus tard, nous arrivons à l’avant-dernière manche de la saison, au Canada. Il pleut et toujours très à l’aise dans ces conditions, Brambilla grimpe jusqu’à la troisième position alors qu’il ne reste qu’un tour à parcourir. Mais catastrophe, l’Italien glisse sur de l’huile et sort de la piste… Au final, le pilote est classé sixième, ce qui lui rapporte un point. En revanche, Surtees s’assoit sur un podium, des points au championnat et l’argent qui va avec.

La TS19 repart pour une troisième saison (!) en 1978. Cette fois-ci, l’équipe ne peut rien faire si ce n’est patienter jusqu’à l’arrivée de la TS20. Vittorio Brambilla a enfin la chance d’étrenner le nouveau modèle lors du Grand Prix de Monaco. Et visiblement, il n’est pas très fameux… Le Monzien n’arrive même pas à se qualifier ! Son équipier Rupert Keegan, dans la vieille TS19, lui colle une seconde et participera à la course.

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D’un point de vue Brambillesque, ce ne sont que des dégâts mineurs.

COUP D’ARRÊT

Après avoir gratté un point en Autriche, la campagne 78 de Brambilla s’arrête brusquement chez lui, à Monza. Le Grand Prix d’Italie 1978 est une tragédie pour la Formule 1. Des organisateurs dépassés donnent le départ de la course avant même que les derniers pilotes ne finissent leur tour de formation ! Ceux-ci sont donc lancés à pleine balle quand le haut de peloton effectue un départ « classique »… Et à l’époque, le circuit de Monza se réduisait de moitié en largeur avant le premier virage.

La catastrophe est inévitable. Riccardo Patrese et James Hunt envoient Ronnie Peterson au casse-pipe et le reste n’est que réaction en chaîne. Brambilla, parti parmi les derniers, est pris dans ces accidents et une roue vient heurter son casque de plein fouet ! Si cette course s’avère fatale pour le « Super Swede » Peterson, les médecins présents sur place étaient beaucoup plus inquiets sur l’état de santé du pauvre Brambilla…

Mais ce n’est pas une roue qui viendra à bout du gorille. Celui-ci finit par s’en remettre et effectue son retour en Formule 1 un an plus tard, sur le même circuit ! Brambilla pilote désormais pour Alfa Romeo qui effectue son retour en F1. Mais Alfa n’est pas convaincu par le doyen de 42 ans. Le Monzien disputera deux courses supplémentaires en 1980, toutes soldées par un abandon. La carrière en Formule 1 de Vittorio Brambilla prendra fin lors du Grand Prix d’Italie 1980. Comme un symbole, sa course s’arrête au bout de cinq tours sur une sortie de piste.

C’en est trop pour Alfa Romeo. Les dirigeants n’attendent même pas la fin de la saison pour lancer un rookie dans le grand bain, un jeune Italien qui dynamite le peloton de Formule 2. Et qui est l’heureux élu ? Je vous le donne en mille : Andrea de Cesaris. Le Maldonado des années 70 passant le relais au Maldonado des années 80. On ne peut pas l’inventer ! Comme le dit l’adage, le reste appartient à l’histoire…


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